mercredi 11 juin 2008
Sleeper cell : 1.04 Le prophète
A nouveau un épisode traitant de la différence entre l’Islam et l’islamisme radical. On insiste même peut être trop sur cet aspect. On fait tout pour nous démontrer quel est le vrai Islam et ça donne un côté trop publicitaire à certains moments où l’on est davantage dans le documentaire. Mais l’ensemble est bien contrebalancé et on évite toute complaisance tant avec les fanatiques du groupe de Farik mais également avec les Américains qu’on ne présente pas comme les grands héros sauveurs de l’humanité mais simplement des hommes tâchant de défendre leur pays. Il est d’ailleurs amusant de voir la réaction de Ray qui, tout en travaillant avec Darwyn, semble avoir une piètre image des musulmans. Il semble à peine croire Darwyn quand celui ci lui dit qu’il ne s’agit pas du même Islam. Ainsi un théologien de la religion musulmane arrive à Los Angeles, cela a le don d’irriter Farik ainsi que Tommy. Christian par contre semble troublé par le discours d’ Abdal Malik et il semble commencer à remettre en question la voie qu’il emprunte. Ce n’est pas la première fois que l’on voit cet aspect chez ce personnage. Dans le groupe c’est clairement le moins " vertueux " si on peut dire et se sera peut être celui qui se retournera à un moment ou à un autre contre Farik. Ce dernier a vite fait de remettre Christian dans le droit chemin et utilise le trouble de son ami contre Malik afin de l’assassiner. L’attitude de Tommy à la mosquée était assez forcée et je dirai même assez suspecte. Car s’il fallait se méfier de quelqu’un, ce serait sans doute en premier de ce type ayant quitté les lieux quand on fustige l’action des terroristes. On revient également sur la signification originelle du Djihad qui est davantage une lutte intérieure que extérieure mais aussi sur la célèbre fatwa, sorte d’excommunication version musulmane. Et toujours de façon très paradoxale, on remarque que Llija adore la nourriture kasher. Comme quoi il a beau détester les juifs, il mange pourtant la même chose qu’eux.
La préparation de l’attentat contre le centre commercial se poursuit et pour cela Farik fait à nouveau appel à Eddie le jeune indonésien qu’il envoie au Canada récupérer l’Anthrax avec Llija. J’ai de la peine pour Eddie car il était un gars bien, il n’avait rien demandé à personne et ne semblait pas vraiment en accord avec les thèses de Farik ou de son oncle et il se retrouve embarqué dans cette histoire un peu malgré lui et finira par le payer de sa vie. La récupération de l’Anthrax par les autorités se fait de manière très astucieuse à la frontière américano-canadienne. Et Eddie est malheureusement une victime collatérale nécessaire dont le gouvernement se fiche un peu d’autant plus que là c’est Farik qui se débarrasse de lui.
Darwyn se débrouille pas mal pour éloigner les soupçons de Gayle mais elle ne va sans doute pas en rester là. D’autant que tous les deux poursuivent leur relation de plus en plus intense. Darwyn joue ici avec le feu car il se compromet non seulement aux yeux de Farik mais il prend également des risques pour la propre sécurité de Gayle. Farik ne fera sans doute beaucoup de sentiments si elle venait à compromettre la mission d’une manière ou d’une autre.
Pour l’instant, je dirai que c’est mon épisode préféré et le plus complet de tous. On a de nombreuses intrigues traitées sur un pied d’égalité et chacune est passionnante car elles permettent de développer différentes questions sur les terroristes, l’Islam et les agences fédérales américaines. On connaît mieux les personnages et tout en continuant d’explorer leur psychologie, on reste malgré tout à distance sans louer leurs actions tout en les montrant à l’œuvre. Une sorte de dénonciation par l’action. La série reste pourtant d’une grande sobriété alors qu’elle pourrait se permettre bien plus, étant développé par Showtime, une chaîne câblée. C’est davantage par les thèmes développés que l’audace se fait sentir.
vendredi 30 mai 2008
Sleeper cell : 1.03 Le nerf de la guerre
Voyage à Tijuana pour Farik, Christian et Darwyn mais on est très loin des clichés sur le Mexique des séries pour adolescents. Dans Sleeper cell c’est nettement plus dangereux . On a bien le trafiquant de drogue très typé mais le fond prime sur le forme car on met en évidence les liens entre le terrorisme et le crime organisé sud américain mais également les rivalités entre les différentes organisations criminelles. Ainsi le gros bonnet en question dira à Farik que les Russes les détestent autant qu’eux peuvent haïr les Israéliens. Farik vient ainsi renégocier son accord mais choisit d’utiliser la manière forte afin de garder l’avantage. Le trafiquant en question étant pour le moins peu recommandable. Toute l’intrigue sur la prostitution des enfants est particulièrement dure. S’il n’y a pas directement d’images choquantes, c’est le sujet qui est dérangeant à la limite du reportage journalistique dans son approche. La visite de Darwyn dans le bordel des enfants est abominable, surtout avec les remarques de la maquerelle traitant les gosses comme des objets. Le récit de la jeune adolescente prostituée est également assez cruel, enlevée de sa famille par un gang. Darwyn ne reste pas insensible et demande à Farik de faire cesser cela. Leur confrontation est excellente, ils sont peut être des terroristes mais ils ne sont pas totalement des monstres. Enfin, c’est très relatif mais on voit que l’on essaye de brouiller les cartes au sujet de Farik. Il sert avant tout le Jihad mais mis à part cette partie de sa vie, il est un homme finalement charmant.
Du côté des autorités, celles ci spéculent pour savoir s’il faut ou pas mettre un terme à l’opération suite à la mort de Bobby, Darwyn ayant franchi la limite. C’est assez marrant de voir la réaction des responsables du FBI suite à cela quand on voit la façon dont Jack Bauer assassine à tour de bras dans 24. On n’est clairement pas dans la même série. On se doutait bien que l’infiltration n’allait pas en rester là et l’histoire est relancée grâce à un petit tour de passe passe. Un gars impliqué dans les attentats de Madrid a appelé Farik mais apparemment aussi deux autres cellules dormantes sur la côte est des Etats Unis. L’attentat en préparation à Los Angeles ne serait pas une action isolée mais bel et bien un plan global bien plus grand. Darwyn étant le seul pouvant en apprendre plus, on le laisse en place. Un peu comme un jouet que l’on prend ou que l’on jette. On remarquera également l’inquiétude d’une des femmes de la réunion quand elle apprend que Darwyn est lui même musulman. La suspicion est de mise.
Parlant de soupçon, Gayle va peut être commencer à en avoir. Darwyn lui fait une première fois faux bond lors de l’épisode précédent. Dans celui ci elle va le voir à son travail et on lui apprend qu’il a pris une semaine de congés. Ça, ce n’est vraiment pas bon. Elle va commencer à mettre son nez dans les affaires de Darwyn et elle va certainement créer des problèmes ou se mettre carrément en danger. Heureusement elle est moins boulet que Kim Bauer ne l’était mais il faudra faire gaffe avec ce personnage.
En l’absence de leur chef, Tommy et Llija se conduisent comme de parfaits américains pour se fondre dans la masse. Si c’est le cas de Llija qui drague et va à une soirée tektonik, Tommy commence par contre à merder. Il essaye d’avoir une réduction pour l’achat de sa voiture en prétextant qu’il est musulman comme le vendeur et puis il téléphone à sa mère pour lui demander de l’argent. N’avait il pas pourtant dit que sa mère était une emmerdeuse ? On voit ici tout l’hypocrisie de ses soit disant musulmans. Ils détestent l’Amérique mais ça ne les empêche pas d’être tout aussi matérialiste que George W. Bush. D’ailleurs si on sait que Darwyn et Farik n’ont pas touchés à la fille payée par Félix, on ignore ce que Christian a fait. Connaissant un peu le personnage du frenchy, on peut imaginer qu’il ne s’est pas fait prier pour coucher avec une mineure d’âge.
Bilan : Un excellent épisode dénonçant avec intelligence la prostitution enfantine mais également les liens du terrorisme avec d’autres organisations criminelles. La série est toujours bluffante de réalisme et n’a pas peur de traiter des sujets assez complexes. Le tout sans être une série excessivement violente. Les scènes chocs sont savamment dosées renforçant ainsi le réalisme du terrorisme feutré ne se montrant au grand jour uniquement le jour où ça explose.
mercredi 21 mai 2008
Sleeper cell : 1.02 La cible
Après un épisode pilot magistral et bluffant, ce deuxième épisode est un peu moins bien réussi. La faute à plusieurs grosses ficelles et énormités. La principale étant pour moi le peu de discrétion des personnages. Je pense au moment où Darwyn et Tommy parlent de leur action en plein milieu de la cafétéria du centre commercial. Il y a un mec juste derrière Tommy, à moins de deux mètres et il semble ne rien entendre ce qui est assez curieux. J’ai trouvé cela assez énorme. Idem lorsque Farik va voir le jeune étudiant. Il y a des gens dans la salle de sport, leurs paroles résonnent à fond mais personne ne semble s’en préoccuper. Cela dit ça reste de qualité et ces petites erreurs n’entravent pas la poursuite du récit.
L’épisode se centre sur la mise en place du futur attentat dans un centre commercial. On nous explique intelligemment toutes les étapes et le rôle de chacun des participants. Christian, Llija tous ont un rôle bien précis dans cette opération. Mais une place est désormais manquante depuis la mort de Bobby et Farik tente de recruter un nouveau membre, un étudiant en micro biologie. Une rencontre très peu discrète comme je l’ai dit. L’étudiant est prêt à l’aider mais jusqu’un certain point. Sa bataille a lui se situe autre part, en Indonésie. C’est assez effrayant de voir le respect entre ces deux hommes. Chacun servant la cause à sa manière.
On remarquera au passage qu’il ne s’agit pas d’une mission kamikaze. Ils prennent tous leurs précautions pour n’être ni attrapés ni tués. Visiblement cet attentat à l’Anthrax ne serait qu’une partie du plan de Farik. J’aime bien tout cet aspect répétition car on voit vraiment avec quelle facilité ils mettent cela en place. Tommy drague l’une des vendeuses pour savoir quel est le jour le plus bondé par exemple.
D’ailleurs, il est beaucoup question de Tommy dans cet épisode. On commence à mieux le connaître et sous son apparence passe partout il est certainement l’un des plus dangereux. Après avoir formé une équipe avec Bobby lors du premier épisode, Darwyn est souvent associé avec Tommy ce qui lui vaut d’être mis dans une mauvaise position et cela par deux fois. La première c’est évidemment cette filature très peu discrète pouvant mettre la vie de Darwyn en danger car le van est très vite repéré par le blondinet. On voit à quel point la vie de Darwyn tient seulement à un fil, il dépend totalement des autres et si ceux ci ne font pas bien leur travail c’est lui qui en payera les pots cassés. Il y a une vraie différence entre le Darwyn du groupe et le Darwyn hors de sa couverture. A l’intérieur, il ne laisse absolument rien percevoir de sa peur mais une fois sorti on peut constater qu’il est beaucoup moins zen. Là, c’est une vraie subtilité dans le jeu de Michael Ealy. Avec Gayle, on peut dire qu’il est entre les deux mais pas question évidemment de griller sa couverture, cela la mettrait elle et son fils en danger. Je me demande malgré tout s’il ne va pas lui parler de tout à un moment ou à un autre. Le petit rendez vous qui tourne court faisait très soap mais cela montre que la cause est une fois de plus la chose la plus importante.
La deuxième moment où Darwyn est mis mal à l’aise c’est évidemment quand Tommy lui parle de sa mère qui pourrait devenir un obstacle. Tuer un membre du groupe c’est quelque chose mais tuer une civile innocente c’est très différent. Je me demande jusqu’où Darwyn ira. On apprend donc que Tommy vient finalement d’une famille assez normale et aux revenus assez conséquents, sa mère étant prof à l’université de Berkeley. Il n’a donc pas vécu dans un foyer pronant l’islamisme radicale et pourtant il a à un moment basculé. On en revient à nouveau à cette idée de toujours se fondre dans la masse comme ça avait été présenté dans le pilot. Ainsi Farik s’occupe d’un équipe de base ball junior et il bosse dans une entreprise spécialisée dans la sécurité. Il parle du Hollywood bowl. Cela pourrait être la cible finale.
La fin au centre commercial est davantage rythmée, on est plus dans une mise en scène à la " 24 " et j’ai bien aimé cette façon de faire monter la pression pour finalement crier à une fausse alerte. Une répétition test était clairement nécessaire car Farik ne fait rien au hasard. On reste donc dans le très bon, même si c’est un moins subtil que le pilot. La série reste en tout cas passionnante en montrant l’envers du décor d’une catastrophe annoncée.
mercredi 16 avril 2008
Sleeper cell : 1.01 La maison des martyrs
Avec Sleeper cell, c’est une autre vision du terrorisme qui est montrée, moins hollywoodienne comme peut le faire une série comme 24 heures chrono. Sleeper cell ou en français cellule dormante nous entraîne dans un terrorisme plus feutré, plus insidieux mais certainement plus proche de la réalité. La série tente même le pari osé de séparer Islam et terrorisme à une époque où l’amalgame est bien souvent de rigueur. On y fait la différence entre musulman et islamiste. Tout en mettant en vedette des terroristes, la série tente de nous réconcilier avec l’Islam en nous montrant que être musulman ce n’est pas faire sauter des bombes au nom d’Allah. Tout cela, on le voit à travers le yeux de Darwyn Al Sayeed, un musulman, agent infiltré dans une cellule dormante de Jihad. Intelligemment, on ne nous dit pas tout de suite qu’il s’agit d’un agent sous couverture. On aurait d’ailleurs pu faire durer le suspense plus longtemps, ça aurait crée un malaise plus grand et une surprise plus importante, mais il faut bien fixer le point de départ de l’histoire.
A ses côtés ou de l’autre côté selon la façon de voir les choses, on retrouve un groupe finalement très hétéroclite composé d’hommes ayant des raisons de haïr le Diable que représente l’Amérique car la loi de l’homme ne compte pas, seule celle de Dieu a de l’importance. Pour Darwyn cela n’est pas le vrai Islam, le vrai dieu châtie seulement ceux qui font le mal intentionnellement, en toute conscience et non par distinction de religion ou de race. Au cours de cet épisode pilot, il y a souvent de genre de petits dialogues bien utiles pour nous rappeler dans quel sens va la série. Elle n’est pas une série anti musulman mais avant tout une série anti islamiste. Cela est fait de manière très intelligente, très subtile. Et j’ai été impressionné par la force de ce tout premier épisode. Par son message radicalement différent, loin de la caricature et loin du grand spectacle. En même temps, Sleeper cell est une série de Showtime, une chaîne du câble ayant produit Dead like me ou Queer as folks. Le public visé n’est donc pas le même que celui de la Fox.
L’alter ego de Darwyn, c’est le charismatique Farik. On le prend parfois pour un juif, pour un perse, un arabe d’Afrique du nord. Mais il est avant un islamiste radical et visiblement dangereux et très bien informé. Pourtant, on ne le dirait pas en le voyant dans son costume sur mesure, son ton charmeur, un vrai séducteur. Il donne l’impression d’un type sympa et c’est sans doute là son arme la plus dangereuse. Le diable a un visage d’ange. Et Oded Fehr est impressionnant dans ce rôle. Un petit bonjour à Cetnat du forum de Serieslive à ce sujet.
Evidemment quand on pense à une série sur le terrorisme, on imagine une série violente ce qui n’est pas le cas ici comparé à 24 heures chrono. Sleeper cell prend le contre pied. La violence étant davantage suggérée. On montre l’après coup à la télévision comme l’attentat au Quatar. Farik n’y a peut être pas participé directement (quoi que ?) mais il était précisément au courant de ce qui allait se passer. Ce qui nous donne des indices sur le genre de personnage qu’il est. Même chose pour Darwyn, on lui demande de suivre une jeune fille musulmane et quelques jours plus tard, il voit aux infos qu’elle a été assassinée. Le motif est simple, celle ci était une infidèle car elle sortait avec un jeune américain. L’hypocrisie vis à vis des femmes est assez incroyable car on taquine simplement Darwyn de s’être tapé Gayle. On ne présente pas non plus Darwyn comme quelqu’un de tout blanc, il se pose lui même des questions d’ordre moral. Le Coran interdisant les relations sexuelles en dehors du mariage. Ironiquement Gayle lui rappelle que c’est la même chose chez les catholiques mais à la différence le péché originel n’existe pas dans l’Islam, on y naît pur. Autrement dit le message serait que l’Islam est plus tolérant. Un discours que l’on entend rarement dans les journaux télévisés.
La seule scène réellement plus dure arrive seulement à la fin, la scène de la lapidation du traître. L’effet est un peu facile c’est vrai, on se doute que Darwyn ne sera pas si rapidement découvert. Mais on voit assez vite où l’on veut en venir, c’est une sorte de test pour Farik. Voir jusqu’où Darwyn peut aller. Un test réussi avec brio. Mais comme le dit Darwyn, Bobby n’était pas un traître, il a simplement été imprudent, il s’est un peu trop vanté. Le prix a payer est néanmoins le même.
Véritable épisode coup de poing, le pilot de Sleeper cell est en tout point remarquable, fort et allant à l’encontre de tous les préjugés. Un casting efficace, un scénario impressionnant car il change de tout ce qu’on a pu voir sur le sujet en mettant en vedette les terroristes pour mieux dénoncer leurs actions. Un pari sans doute dangereux mais diablement efficace. C’est sans doute pour cela que la série s’est totalement ramassée ce dimanche sur la Deux en Belgique. Un sujet trop sensible pour certains, pas assez de spectacle pour les autres. De mon côté, je continuerai à suivre la série, mais les articles arriveront après la fin de la saison 6 de 24 heures chrono histoire de ne pas mélanger les genres.